The Call Of The Dragon

Avec des touches du Livre de la Jungle et du Monde du Silence, Tioman est l’endroit idéal pour un total dépaysement. On y fait de la plongée palmes, masque et tuba, en scaphandre autonome sur des récifs coralliens extraordinaires dans une eau à 28° C., ou sur des épaves émouvantes telles les HMS Prince of Wales et HMS Repulse. La randonnée fait partie des activités favorites des visiteurs. Il y en a pour tous les niveaux – on peut aussi se perdre sur cette île, gare aux imprudents non entraînés à ce type de forêt ou non guidés qui s’aviseraient de sortir des sentiers existants -, découverte d’une faune et d’une flore exubérante puisqu’on y trouve des rafflesias et des milliers d’autres fleurs et orchidées rares aussi bien que des espèces de marsupiaux, de reptiles et d’oiseaux. Tous les ans, des scientifiques viennent à Tioman, pour faire des recherches sur les espèces endémiques et en découvrent et répertorient encore de nouvelles. Tout au Sud, 3 pics se dressent à plus de neuf cents mètres d’altitude, permettant aux amateurs d’escalade d’aller voir la Mer de Chine depuis des hauteurs impressionnantes. 

Cargo Mersing-Tioman

Tioman, c’est d’abord un havre de paix : comme elle est située au centre du plateau de la Sonde, dans une Mer de Chine peu profonde, bien à l’abris des grands océans, et quasiment à l’équateur, aucune catastrophe géologique, écologique ou climatique n’est à déplorer depuis des millions d’années. Ce qui fait du Mont Kajang (Gunung Kajang), le plus haut sommet de la Malaisie, après le Mont Kinabalu. Tioman abrite les formes de vie les plus vieilles et secrètes de la partie émergée de la planète. La Malaisie est la terre des forêts les plus anciennes et mystiques de notre planète, certaines sont encore la demeure du tigre, de l’éléphant sauvage, du tapir et de nombre d’autres créatures extraordinaires. 

Vue du Gunung Kajang depuis Ayer Batang à marée basse

Originellement habitée par une poignée de familles de pêcheurs, Tioman abrite aujourd’hui une population multi ethnique souriante et chaleureuse. La vie est douce et simple, elle s’y coule plus lentement qu’ailleurs, et l’on se laisse facilement porté par cette nonchalance. Les habitants aidés par un climat idéal, sont passifs, courtois et accueillants. Étonnement, ils font souvent preuve d’une grande timidité. Les trois mille cinq cents habitants sont d’origine malaise aux côtés de petites communautés chinoises, indiennes et d’indonésiens venus pour y travailler. L’art de la vie y est aux antipodes de nos habitudes continentales. Relativement riches grâce au tourisme, les habitants bénéficient d’infrastructures modernes. École, clinique, aéroport, police, immigration, téléphone fixe et cellulaire, Internet haut débit et même d’un hôtel international cinq étoiles et d’une station fixe des autorités maritimes. Les conditions sanitaires, puisqu’on est très loin de parler de surpopulation, sont excellentes, le paludisme et la dingue, traditionnels sous ces latitudes, n’y ont encore jamais été constatés. Les nombreuses sources d’eau sont potables et d’excellente qualité tant gustative que sanitaire. 

La plage de Juara

Cela fait longtemps que Tioman est un lieu de passage favori des marins de toutes sortes, pour ravitailler en eau et en nourriture. Il y a beaucoup de plages protégées des tempêtes saisonnières, des mouillages faciles et des récifs de corail discontinus rendant aisé l’accès à la terre. Il y même eu un roi Français à la fin du dix-neuvième siècle (Marie-David De Merena). Pendant la guerre du Vietnam, Tioman a servi de terre d’accueil temporaire pour des exilés fuyants les combats. On trouve encore au fond de la baie de Tekek, le principal village sur la côte Ouest, les vestiges des embarcations qui amenaient les malheureux : moteurs, ancres, squelettes de bateaux en bois rongés de concrétions et couverts de gorgones et de restes de filets de pêche. Aujourd’hui encore, de beaux et grands voiliers s’y arrêtent, pour des semaines ou même des mois. Ils y jouissent d’assez bonnes conditions d’ancrage, et un port de plaisance s’y construit actuellement.

Il y a sept villages (kampung) sur l’île. Kampung Tekek (le village du Lézard) en son centre Ouest en est le plus grand. C’est dans ce village que l’aéroport et la plupart des administrations sont installés. Tekek consiste en une voie goudronnée et centrale, qui longe la plage, et se finie au grand hôtel. La grande majorité des habitant de l’île y résident car cet hôtel emploie quelque quatre cents personnes. Autant dire tout le monde, hormis les fonctionnaires de police, de l’immigration et des douanes. Tioman est une zone duty-free et il y a de nombreux commerces dans Tekek. 

Un peu plus au Nord, il y a Ayer Batang. Pas de route, aucune infrastructure autre que des maisons d’hôtes et de petits restaurants typiquement malais. Étalé le long de la plage sur un bon kilomètre, l’endroit n’est habité que par quatre ou cinq familles. C’est à ABC, comme on l’appelle, que les touristes trouvent le calme dans un superbe environnement. On y pratique la plongée, la randonnée, la farniente et la relaxation.  

Salang, tout au Nord, est étendu sur une très belle plage et s’enfonce dans les terres. C’est un village exclusivement touristique, ou les malais aiment aller. C’est un peu le tourisme de masse. On y pratique aussi la plongée mais beaucoup moins la randonnée ou la farniente. Le gouvernement y a construit, en plein centre de la plage, un bâtiment dédié au commerce (!) d’une architecture du plus mauvais goût sur une telle île. Dommage.

Varanus Salavator

Notre tour de l’île nous amène à Juara, le seul village de la côte Est.  Un endroit idyllique, somptueux, mais en proie à un fort développement. Deux plages de deux kilomètres chacune sont nichés au fond d’une baie. Elles font face au lever du soleil… A perte de vue, la mer. Derrière, la montagne. Au Nord et au Sud, à part de petites baies rocailleuses, il n’y a que des falaises. C’est là qu’avait élu domicile le Roi Français de pacotille au dix-neuvième siècle.

En continuant notre virée autour de Tioman, au Sud Est, est campé le plus traditionnel des villages, Mokhut ou Mukut. Le tourisme n’a toujours pas pris pied ici. Mais l’endroit est fameux pour d’autres raisons. C’est là que fut tourné une fameuse scène du film Bali Hai – South Pacific. C’est dans la baie de Mukut que des bateaux, au quinzième siècle, se sont abîmés avec leur précieuse marchandise de porcelaine. Les locaux, dans ce village, sont typiques. De petite taille, timides mais souriants très peu parlent anglais. 

Plus loin et à l’Ouest de  Mukut, Genting est un village devenu la proie des Singapouriens. Le week-end, ils s’y agglutinent et s’enflamment pour le Karaoké et les promenades sur les îlots environnants. En général, ils s’arrêtent à Tekek pour acheter un bon stock d’alcool à bas prix. En semaine, le village est presque vide. Les habitants se préparent pour le week-end suivant. La plage est longue de deux kilomètres.

Kampung Paya plus à l’Ouest de Genting, est un petit village dans lequel habite une demi-douzaine de familles. La plage y est très belle et on y trouve, depuis peu et en retrait de la plage, deux hôtels avec quelque six cents chambres.

Sunset sur la plage de Nazri
Les couleurs flamboyantes de couchers de soleil.

Depuis 1985, Tioman s’est tournée vers l’écologie et a été déclarée un Parc National Maritime. Construction, activités commerciales, chasse, pêche et autres sports nautiques y sont règlementés. C’est devenu un paradis pour plongeurs, randonneurs mais aussi pour ceux qui veulent apprécier un endroit préservé, ou la vie ne peut se faire qu’au milieu de la nature et d’une population accueillante. On y rencontre nombre de journalistes et d’écrivains, qui viennent s’y inspirer plusieurs mois, dans de petits chalets posés sur des plages semi désertes, avec pour tout outils de travail leur ordinateur et une connexion Internet, même au bout du monde… Beaucoup de voyageurs, étudiants, couples et même parfois familles, embarqués pour un tour du monde d’une année, finissent leurs dernières semaines de cavalcade en se reposant à Tioman avant de retrouver le monde ‘civilisé’. Pour le tourisme, Tioman allie bon nombre d’avantages : exotisme, charme, climat, accessibilité, sécurité des personnes et des biens, géopolitique stable et rassurante, accueil chaleureux, et un environnement exceptionnel.

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